Mon expérience monastique (2)

Publié le par Petite fleur du seigneur

Mon expérience monastique (2)

Les vigiles de la nuit sonnent comme un appel en mon coeur. Le silence de la pénombre accentue cette profondeur, cette ouverture de coeur vers Dieu. je me demande si le Seigneur n'aurait pas mis un peu de poudre hypnotique dans leurs chants. je suis sur un bateau et Dieu est ma voile. Les chants monastiques font offices de vent.. un vent où l'on ressent les embruns, la douceur océane et le clapotis des vagues... Je souris... Mes comparaisons me semblent paradoxales alors que je me trouve au coeur de la Savoie. L'heure que je viens de passer dans la nuit profonde me donne la paix. Les moines éteignent la lumière et vont s'agenouiller au coeur de la nef... éparpillés tels des chauves-souris. Leurs bras semblent immenses perdues dans des manches démesurées, un peu comme si le tailleur, pris de folie créatrice, avait imaginé les moines voler... Mon coeur bat fort à cet instant précis parce que les âmes s'emmêlent et Dieu tel un tisserand tricote cette communion. Je retourne reposer mon corps jusqu'à 6h30.

Un déjeuner libre-service nous attend depuis la fin des "vigiles". Je remarque l'efficacité des moines qui sont discrets mais qui font tout pour que nous nous sentions aimés et choyés. Je me sens riche de tout cet amour. il est 7h10 et les laudes commencent; elles seront suivis par la messe. Le père Vincent rejoint les moines . Lorsque l'eucharistie commence, toute l'assemblée est invitée à se rassembler dans le coeur. Il n'y a plus ni moines ni communauté laïque mais le coeur de Dieu, son peuple en marche... l'armée du Christ... une armée faite de prières et d'amour. Le "notre père" prend toute sa dimension et monte en une seule voix ver le Seigneur notre Dieu. Les tierces vont commencés... Je remets mon écriture à plus tard...

Il est déjà 20h45.. J'ai vraiment remis mon écriture à bien plus tard. Il faut que je revienne plus en amont sur cette journée. Le sablier du temps égraine ses minutes dans une paix immense. Il n'y a plus tellement de place pour des paroles illusoires.

Après la messe de ce matin, je suis partie marcher un peu. Je croise une femme, habitante du hameau d'en bas. Elle était également à la messe. Elle commence à se confier.. à me parler de son couple, de son mari, manipulateur inconscient. Je suis interloquée. J'attire les confidences. je ne connais pas cette femme mais je ne peux m'empêcher de faire le lien avec mon travail intérieur et ma lecture du moment "les différents systèmes relationnels". "Que veux-tu me faire comprendre Seigneur ? qu'on fonctionne tous de la même façon ? soumis à notre humanité ? certes , Seigneur, ma je reste tout de même dans la nuit à ce sujet.... pause...

Il tonne au lointain et la pluie tambourine sur les toits. Cela rajoute encore un eu plus de majesté à ce que je vis.

Après les tierces de 9h30, je prends un livre bien décidé à me trouver un coin tranquille. une pierre semble m'attendre. Je suis à côté du monastère mais confortablement installée. J'entame ma lecture.. "Excusez-moi madame, vous restez ici un moment ? Cela vous ennuie de garder mon vélo pendant que je visite l'église ?"..."euh, non..; pas de problème...". je ne peux m'empêcher de penser que sa tenue n'est guère adaptée à une visite de courtoisie à mon Jésus d'amour... soupir... "Allons Claudine , le Seigneur sonde les coeurs et se moque bien des apparences".. Ma douce voix intérieure, je t'aime tu sais... mais... non je tairai ma pensée.. "tu allais dire.. c'est pas une raison pour se balader à moitié nu".. Don camillette... silence... le chant des moines me suffit. Cette femme, par ailleurs, s'avère charmante... Après sa visite à Jésus, elle a très envie de parler. Je referme mon livre, la regarde en souriant et je l'écoute. Elle me parle de sa vie, de sa passion pour le vélo, de son divorce.

C'est étrange tout de même. Avant d'entamer cette retraite, j'avais peur du face à face avec moi-même et là, je me sens un peu gênée par ces personnes qui ont tant besoin de parler. Je découvre ce besoin viscéral de solitude qui me poursuit. J'irai me poser dans l'oratoire jusqu'à l'office de midi. Le Saint Sacrement y est exposé en permanence. je me sens bien avec mon Jésus même si j'ai bien conscience de ne faire que l'effleurer.

Il y a quelques feuillets avec des prières. Il y en a une qui m'émeut particulièrement. je vous la retranscris :

Coeur à coeur avec Dieu

dans un humble mouvement d'amour

Ne désirant que lui seul,

En l'aimant pour lui-même.

Si tu veux, un mot...

Oublie de tout et de toi-même.

Abandonne-toi à cet humble élan d'amour,

offre à Deu cet humble élan d'amour.

Offres toi comme un tout et tout entier

Pour Dieu et pour les hommes.

Tout le monde peut s'unir à Dieu

par cette humilité amoureuse.

Demeure en repos dans cette union d'amoureuse

reçue de la miséricorde de Jésus

par ton adhésion amoureuse.

C'est toi qu'il veut.

Contente-toi de le regarder et de le laisser faire.

Ce rien, c'est tout.

Par ce rien, on connait la raison de tout.

Je voudrais que tu ne cesses jamais

de t'appliquer à cette oeuvre sans aucun mesure,

car elle commence en cette vie

et durera sans fin dans la vie éternelle

(d'après "le maître du nuage de l'inconnaissance)

Je regarde mon Jésus dans son tabernacle. Il est beau mon Jésus... Pur et sans péché. Son amour déborde; "viens me chercher Jésus, je n'arrive pas à t'atteindre ! toi tu peux tout. Viens Jésus saisir ma main. Je n'arrive pas à monter jusqu'à toi". Cette prière est sortie de mon coeur en peine de ne rien ressentir. Etre dans un monastère et se sentir si loin de Dieu ! on s'accroche.. je t'aime Dieu.

L'après-midi a été calme. j'ai "limaçé" allongé sur mon lit à lire, à me reposer. A 16h, je me secoue et je décide d'aller prendre quelques photos et de me rendre à la boutique. je vois un jeune moine couper à travers champs. Serais-ce ma présence qui l'a effrayé ? Je le comprends fort bien. ils ont besoin d'intériorité pour prier pour le monde. Je ne suis restée que 10 mn dans la boutique. les gens parlent fort, s'interpellent en riant et à cette instant précis, je me rends compte que la paix du monastère habite déjà mon âme. Je remonte à l'oratoire en attendant les vêpres. je suis bien avec Jésus.

Il est 18h et je me rends aux temps de prière. Je ne sais pas pourquoi mais un chant fissure ma carapace et je me met à pleurer. "pardon Seigneur.. j'ai l'impression d'avoir perdu le chemin de ton coeur. Viens me chercher, je suis dans la nuit".

Je me sens vide de tout et plein de rien. Pour résumé, une caisse de résonance.

Nous mangerons avec une petite musique et je m'étrangle à moitié avec mon verre d'eau. Cela m'a remis les pieds sur terre et éclaircie les idées. Cela fait presque une heure que je me raconte.. pour qui ? pourquoi ? encore cette vanité ou cet égo. Je ne sais pas mais j'ai besoin d'écrire mon chemin spirituel. Cela me permet une relecture de ma vie. Je pensais pendant cette retraite travailler sur mon passé, mes blessures mais je prends ce temps de repos de mon âme sans torture. J'en suis déjà à la moitié de ma retraite. Le temps s'amuse et se joue de moi. je vais refermer la plume pour ce soir et rêver à mon Jésus d'amour.

(à suivre)

Divinement vôtre

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