En partance

Publié le par Petite soeur du seigneur

En partance

Pour aller ou ? Aucune idée… Une fois dehors, je me laisserai guider. J’ai juste besoin de m’éloigner de ce qui a fait ma faiblesse afin d’en retrouver ma propre force.  Je pense à Arthur Rimbaud ; pensée improbable alors que je pleure à chaudes larmes. Je pense à son poème : « je m’en allais les poings serrés dans mes poches crevées… »

Je regarde mes pauvres baskets qui ont déjà aligné quelques kilomètres, mon sac de toile qui ressemble plus à un sac de plage qu’à un sac de voyage. Tant pis, je m’en vais. Alors que je m’éloigne de l’appartement, je ressens comme un imperceptible tressaillement au fonds de mon cœur. Tiens ! Il est encore vivant celui là ? Je le perçois presque heureux de reprendre la route vers la liberté. Je me retourne l’espace d’un instant et je regarde ce cadre morne, sans vie, vide de toi, de nous et qui a contenu 3 ans d’histoire commune.

Il est déjà 10h dans ce matin brumeux… 3 heures de marche ont fini par sécher mes larmes et je suis comme un automate. Je n’ai pas regardé la direction, ni même le nom des villes traversées. A quoi bon ? Quand on ne recherche ni la compagnie des hommes, ni celles des animaux, ni même sa propre compagnie, peu importe où les pas te mènent. Je bute sur les pavés de cette route poussiéreuse et je relève la tête instinctivement. Mes yeux se posent sur une inscription au dessus d’un calvaire : « si ta route te semble longue, essaye l’éternité». Ce message me semble si déplacé à côté de cette croix que j’en ai un hoquet de surprise et que j’éclate de rire. Le bruit de mon rire me fait sursauter. Après le tressaillement de mon cœur,  voilà encore quelque chose qui n’est pas sorti de ma gorge depuis très longtemps. Autour de ce calvaire, le calme est impressionnant. Je vois sur un piquet, le dessin d’un coquillage… le dessin d’une coquille Saint Jacques. J’ai envie de la dégommer cette coquille Saint Jacques parce que c’est bien à cause d’elle que je me suis arrêté il y a trois ans dans ce village pourrie à boire une bière avec cette autochtone de pacotille. Je me revois avec mon chapeau de paille, ma bonne humeur et mon sac à dos. Je baroudais depuis plus d’un mois au gré de mes envies en suivant les bornes qui devaient me mener à Santiago. Son sourire a fait chavirer mon cœur et j’ai fondu comme une glace sous un soleil de plomb. Je me secoue… Hors de question de refaire le voyage à l’envers. Sciemment, je prends la direction opposée à cette coquille.

Je me sens mieux et je me prends à chantonner. J’ai une drôle de sensation au creux du ventre. C’est un peu comme si je réveillais en moi celle que j’ai été. Aurais-je autant changé au contact de cet homme. Mes pensées reviennent à lui et passe de lui à la nature qui m’entoure en repassant par moi. J’ai l’impression que je suis prise dans une valse folle. J’ai la tête qui tourne. Je m’arrête à l’ombre d’un arbre. Je regarde la fourmi qui transporte une grosse miette de pain qui fait trois fois sa taille. Se plaint-elle ? Je vois cette abeille qui butine sa fleur. Son train arrière en frétille de plaisir. Elle repart un peu en biais, saoule de tout ce nectar. La vieest là.. Devant moi… et la nature m’apprend : labeur d’une fourmi et plaisir d’une abeille. J’oscille… entre la violence de mon départ et le plaisir de reprendre la route.

Au fonds, la vie c’est cela : une suite de choix à faire, de carrefours, de décisions à prendre. La vie est une suite d’expériences qui nous fait grandir. Je sors de mon sac un miroir et je regarde mon visage. Mes yeux brillent. Ils sont vivants…. Je reprends la route parce que je suis la seule décisionnaire de ma vie. Je n’oublierai plus… dans chaque coquille (Saint Jacques) il y a une perle. Je suis cette perle… A moi de ne plus laisser se refermer la coquille parce que c’est le soleil qui fait briller la perle et quel intérêt d’être une perle si elle ne se joint pas au beau collier de l’humanité ? La route est belle… C’est la mienne…

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Essai d'écriture suite à un concours... Il fallait écrire sur le chemin et partir des mots suivants : "Pour aller ou ? Aucune idée…" J'ai bien aimé et je me suis régalée car j'ai retrouvé la sensation d'écrire gratuitement sans rien chercher. Je ne l'enverrai pas pour participer au concours mais ce sera un essai d'écriture secondaire (le primaire étant mon essence) que je garderai précieusement.

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