Mon expérience monastique (3)

Publié le par Petite fleur du seigneur

Mon expérience monastique (3)

Drôle de nuit... L'orage gronde et la pluie sur les persiennes me fait penser à une armée de fourmis en marche. je me réveille à deux reprises dans la nuit profonde. Le monastère m'habite entièrement. Je serais réveillée bien avant l'heure des vigiles. Il est à peine 3h30. Je descends l'escalier. Je sens des présences comme si les âmes du passé me frôlaient.Dans l'église, encore silencieuse, un moine fait les cent pas, gardien de ces lieux. J'ai l'impression qu'il n'y a plus de jours ni de nuits. Tout transpire la paix. j'aime les vigiles qui me bercent dans les bras de Dieu. Un reste de bronchite... et je suis saisie d'une quinte de toux. Je sors du rang et tente de m'isoler pour ne pas déranger. Je me place dans un renfoncement sans voir qu'une barre en acier dépasse. Cela me réveille vraiment. j'aime pourtant ce moment où dans la nuit noire les moines s'éparpillent et s'agenouillent face au Christ... Silence bienheureux des âmes en prière. je remonte dans ma chambre et prend une revue au passage qui traite des retraites spirituelles. L'article est très intéressant parce qu'il y est donné quelques conseils pour se retrouver. Il est 05h15 et j'éteints à nouveau la lumière. J'ai fais un rêve très étrange; je suis dans ma maison et il y a un violent orage. Je sens sa puissance et quelqu'un m'avertit de prendre garde. Je vois la foudre tomber sur une maison. L'éclair est incroyable, puissance du feu et du ciel. La maison commence à prendre feu. on attend les pompiers. Dans mon rêve, le jour se lève et je demande si le feu est éteint. Je dois me rendre à l'enterrement d'une personne et je ne voudrais pas être bloquée par les pompiers. Ensuite, le rêve devient flou.. je vois l'image d'un cercueil.

Bip, Bip.. le réveil sonne. Il est 06h50 et la messe est à 07h30. Je me demande la signification de ce rêve. Je sais que le Seigneur me parle à travers mes rêves. la messe est encore une fois porteuse parce que nous pénétrons le coeur des moines pour l'eucharistie. Lorsque nos voix s'élèvent à l'unisson pour le "notre père", tout vibre... le Seigneur entend...

Le petit déjeuner se fera en silence et l'Esprit Saint me souffle de demander du travail à un frère. Frère Didier me sourit gentiment et me suggère de revenir après le temps de prière des "tierces". Je me faisais la réflexion que la régularité des 7 temps de prière était le gage d'une foi profonde et surtout féconde.

Il est 09h45. Frère Didier et Frère Alain m'installe avec un énorme cajot de pommes à éplucher. Il doit y en avoir une centaine. Je m'organise et chantonne pour la Sainte Vierge et pour Jésus. Soeur Anne-Claire, retraitante, passe dans le couloir et me propose de l'aide. Nous resterons une heure ensemble. Elle est de l'ordre des bénédictines et son couvent se trouve à Aix En Provence. Sa mère supérieure l'a envoyé en retraite et en convalescence. Cette femme est formidable. Elle me parle de sa communauté. Nous échangeons beaucoup sur la foi. Elle me dit que la tentation est grande surtout dans les lieux Saints et qu'elle prie beaucoup le Seigneur pour que le jour du face à face son coeur soit rempli par l'amour et non par la haine. Cette femme rayonne et je ne la vois pas soumise à ce sentiment. Elle me dit que pourtant, en communauté, si on n'y prend pas garde, une simple cuillère posée de travers par une soeur pouvait prendre des proportions démesurées. Il faut savoir lacher prise. Sa communauté lui manque. Elle me dit aussi que certaines soeurs de sa communauté sont partis au Bénin pour former une autre communauté. Ses yeux brillent. Quelle aventure pour elles !

Nous parlerons des événements atroces de ces derniers mois. Je me sens vraiment à l'aise avec elle et je me confie un peu. Je lui avoue nager souvent à contre courant. j'ai une immense peine pour ces "terroristes" et je prie pour leur conversion. Elle me sourit et me dit qu'elle aussi avait eu le même sentiment mais qu'on ne savait pas... Peut être au dernier moment, ont-ils eu une conversion du coeur.

Il est déjà 11 heures. Elle s'éclipse et je continue vaillamment à éplucher ma montage de pommes. La femme de ménage de l’Hôtellerie passe sa tête et vient me saluer. Cela fait 11 ans qu'elle travaille en ce lieu. Je lui dis quelle chance elle a de travailler dans ce monastère empli de paix. Elle me sourit et me dit que souvent les apparences sont trompeuses. Elle est joviale, douce et spontanée et les gens se confient souvent à elle. Ils arrivent souvent avec des montagnes de douleur et il faut arriver à s'en protéger. Je comprends.. 11h50, Frère Didier vient voir où j'en suis. Nous rangeons avant l'office et il me remercie. Intérieurement, je me dis que je ne suis vraiment pas faite pour le silence.

Juste avant le repas, Soeur Anne-Claire m'apporte des photos de son monastère. Qu'est ce que c'est beau ! Elle m'offrira quelques photos et me dira prier pour moi. Que répondre à cela ? Merci Seigneur pour cet amour si fort reçu . Après manger, j'irai faire quelques pas avec Carmelina, une retraitante de Saint Etienne, bien sympathique. On discute foi, retraite... au son des cloches des vaches.

Au moment du repas, j'avais un petit mot avec ma serviette. j'avais demander à rencontrer un frère. Frère Patrice me propose de me voir entre 17h et 18 h. je dois donner réponse au Frère Portier. Je remarque encore une fois la bonne organisation... Peu de paroles mais une merveilleuse efficacité. Je reviendrais plus tard vous conter un passage de la vie d'une retraitante.

21h10... Le ciel est gris mais serein. je suis en paix.

Cet après-midi, j'ai discuté avec Mathilde qui est montée d'Alberville à pied. C'est une jeune femme pleine de douceurs. Elle me dit aimer la marche et a d'ailleurs fait toute la partie française du Chemin de Saint Jacques de Compostelle. Je pars faire quelques pas en attendant l'heure de ma rencontre avec Frère Patrice. Il a plus en début d'après-midi et il y a peu d'estivants. Mon attitude change. Mon pas se fait plus lent et ma marche plus posée. Je m'adapte au rythme des moines. Les repas silencieux me semblent désormais ordinaires et je suis bien en moi. Carmélina me salue de loin. Je vois Soeur Anne-Claire discuter avec des touristes. j'ai l'impression d'être chez moi en ce lieu parce que je suis sans masque et acceptée telle que je suis. Le calme donne une dimension mystique incroyable. je ressens Dieu sur chaque parcelle de la terre. Je me prépare pour ma rencontre.

Frère Jean-Pierre me dit qu'il aura un peu de retad. En effet, Frère Patrice s'occupe de la cuisine et de l'infirmerie. Ils recherchent Frère Jean, moine âgé qui perd un peu la tête. Je lui dis que j'ai tout mon temps.

Frère Patrice arrive... Il me remercie pour l'épluchage des pommes et je le complimente pour sa cuisine. Après m'être un peu présentée, nous aurons un dialogue profond, juste, touchant et vrai. Je lui demande conseil pour ce manque d'intériorité que je ressens. Il est doux dans ses propos et me parle de Sainte Thérèse d'Avila. Il m'invite à la persévérance, à méditer l'Evangile et se propose de me faire passer un texte qui pourrait m'aider. Je lui offre mon livre et nous parlerons évangélisation. Pour lui, le rayonnement du Christ transparaît sur les êtres. Frère Patrice me raconte ensuite une histoire que j'ignorais. Il y a de cela une vingtaine d'années, un moine a été tué à Tamié. Une personne s'était introduite dans le monastère. A la sortie d'une office, il laisse passer un moine, un deuxième et s'acharnera sur le troisième avec une pelle à neige. Lorsque le Frère Patrice a été confronté au meurtrier, il lui a demandé : "Pourquoi lui ?". Le meurtrier lui a répondu que lorsque le deuxième était passé, il rayonnait tellement qu'il n'avait pas pu. Oui... Je pense que certaines personnes émettent une lumière divine. Je suis sortie de cette rencontre le coeur en joie et le sourire aux lèvres. Je me sentirais presque transfigurée. c'est si bon cet amour de Dieu.

Je suis nourris par les rencontres, la paix et les énergies du lieu, par mon silence intérieur. Je repense à la jeune Aurélie, qui me dit avoir l'impression de flotter dans la paix ou de marcher dans les nuages. Elle aimerait revenir à chaque vacance. Je pense à la gentillesse des moines, à la forêt en paix, à ce fromage de Tamié si délicieux. Je referme l'encre de mon coeur. Je vais aller passer un moment devant le Saint Sacrement. le Seigneur m'y attends.

(à suivre)

Divinement vôtre

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