Temps des hommes, temps de Dieu

Publié le par Petite fleur du seigneur

Temps des hommes, temps de Dieu

Me voici à Tamié, monastère entouré de verdure, de calme et de paix. Le vent s’affole ce jour comme pour taquiner les herbes et leur dire « c’est moi le chef ! ». Au bord de la mer, on dit que le vent rend fou. Et en Savoie ? à 880 mètres d’altitude ? Gagne-t-il en puissance ou est-il plus accommodant ? Je suis sous les toits du monastère… chambre accueillante enrobée de bois. L’icône de Jésus me fait face. Je lis dans ses yeux : bienveillance, douceur, interrogation aussi. Mais ne serais-ce pas ma propre interrogation que je lis dans ses yeux ? Au fonds, qu’est-ce que je cherche ? A retrouver ce sentiment de paix et de douceur de mon dernier séjour ? On dit que chaque retraite est différente. J’ai croisé des regards bienveillants, des bonjours et des sourires. Les moines portiers m’ont accueilli avec gentillesse, sans condescendance… tout en simplicité. Je ne peux m’empêcher de penser au corbeau noir qui m’a salué alors que je prenais la route pour venir ici. Qu’est-ce que cela augure ? Ai-je passé outre ? Je crois qu’au fonds, le seigneur saura me répondre. Tout est normal et tout est en place. « Laisses toi porter, sans programme établi ». Mon frère a raison mais comme dans toute nouvelle situation, je dois m’adapter. Ma chambre est en ordre. Je vais aller rendre visite à Jésus dans l’oratoire et lui demander de guider ma retraite.

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Le temps des hommes n’est pas le temps d Dieu. Après un bref passage à la boutique, je suis rentrée. Un vent terrible qui rentre par une oreille et qui ressort par l’autre. J’ai l’impression d’un refroidissement intérieur. Je suis fatiguée et j’ai mal à l’estomac. Je n’ai pas encore pris mes marques. Et pourtant, c’est assez paradoxal car mon cœur est en joie. Alléluia, Christ est ressuscité ! Je ne peux me sentir seule alors que je suis tellement accompagnée. En convalescence spirituelle dans cet endroit, je vais lâcher prise petit à petit et me laisser regarder par le Christ. Je rends grâce à Dieu.

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La nuit a été étrange, dérangeante, calme. J’ai l’impression de me balancer au fil de l’eau. A 4 h, le chant des moines m’a reposé l’âme. « Seigneur, ouvre mes lèvres ! » Je me suis rendormie en pointillé et la messe de 7 h a été ma nourriture. La montagne est belle et le ciel bleu exalte le Seigneur. Le temps est magnifique. L’abbaye a ouvert son écrin. Tout est calme alors que mes pas m’ont emmené au « rocher des 3 évèques ». Je ressens tellement le Seigneur dans la nature. Il y a beaucoup de solennité dans ma balade improvisée. Je suis seule face à moi-même, à mes peurs et à mes interrogations. Suis-je capable de « vivre sans pourquoi » comme Alexandre Jollien, le philosophe suisse le proclame ? Les corbeaux restent dans un coin de mon esprit, vestige d’une mort annoncée. Physique ? Psychologique ? Spirituelle ? Cette retraite est étrange car silencieuse mais vide de sens à l’instant présent. Ma vie n’est pas là… mais j’irai au bout. Qui sait ? Tamié peut m’apprendre beaucoup sur moi-même. Je veux guérir Seigneur ! Assise devant le tabernacle dans cet oratoire si confortable, j’observe mon Jésus d’amour, pur et sans tâche. Sa paix et son amour déborde. Il n’y a pas de meilleur endroit pour écrire que celui-là. Jésus m’écoute, me scrute, me guérit. Comme je l’aime ! Cet endroit me repose parce qu’il est dans la plénitude. Une bulle d’amour, l’amour des cieux tout entier, pour toute la création.

 

Alors que je pose les armes,

Tu reviens me chercher.

D’un sourire plein de charme,

Tu me chantes félicité.

 

J’écris comme je respire,

Un souffle vers ta beauté,

Rien ne sert de courir,

Juste fermer les yeux pour t’aimer.

 

Tu es celui qui m’a trouvé,

Prise dans ma vie si lointaine,

Tu es venu me bercer,

Me couvrir de diadème.

 

Comme je regrette ces rimes sans saveur,

Alors que je t’aime jusqu’à l’infini.

Mais je sais que tu scrutes mon cœur

Cette maison ou tu vis, mine réjouie.

 

Je t’aime, tu sais, mon Dieu

Je suis toujours ta petite fleur,

Alors parfume les contours de mes yeux

Pour y puiser mes larmes de bonheur.

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Cela faisait longtemps que je n’avais pas écris pour toi, Jésus. C’est ma façon de prier parce que je n’ai pas envie de réciter des prières sans âme. Mon cœur a soif de toi. Merci pour tes grâces. Et si je m’endormais dans cet oratoire, Jésus.. Me prendrais-tu dans tes bras ? Purifie mon Seigneur.

 

Je ne suis plus seule avec toi Seigneur. Un jeune prêtre est venu se recueillir auprès de toi. Je souris parce que j’ai repris mon crayon guidé par mon égo et non mon cœur. Pardon Seigneur, je suis stupide mais je t’aime fort, fort. Je pose le stylo et je te rejoins. Amen.

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Lit de douceur, d’amour, de tendresse et d’offrande sans cesse renouvelé. L’amour de Dieu dans toute sa splendeur. Je pense au lilas qui embaume. Je t’imagine exalter la même saveur. Comment fais-tu pour mettre autant de paix dans une pièce rien que par ta présence ? C’est incroyable quand on y pense. Je ressens ton sourire et ta tendresse, mon amour. J’aimerai pouvoir partager le quart de cette paix avec les autres. Oui, Seigneur, que je sois paix pour les autres, amour et réconfort aussi. JE T’AIME.

Au fonds qu’est-ce que c’est l’adoration ? On doit faire quoi devant toi ? Se laisser saisir ? Se taire ? On ne m’a jamais appris. Peut être que je pense trop, que j’écris trop pour pouvoir entendre. Mais je te rends grâce de m’écouter. Je vais écouter mon cœur en face à face avec toi Seigneur. Je referme le Stylo. Amen

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J’ai croisé de nombreuses âmes ce jour. On s’entrelace à pas chassés, les regards, les sourire dans une danse désordonnée mais silencieuse. Je m’interroge. Qu’est ce que les gens cherchent en ce lieu, dans ces retraites ? « Et toi que cherches-tu Claudine ? » me dit le Seigneur. « Je te cherche Seigneur car tu es mon repère dans ma nuit noire de l’âme. Tu sais ce matin, alors que j’ai passé un long moment d’adoration avec toi, je me suis sentie en paix. Pleine de rien ou de tout… dans une complétude des sens… Je t’aime Seigneur. »

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Une nouvelle journée se lève sur un cœur que je voudrais nouveau. Il fait très froid et le givre vient donner un aspect étrange aux voitures… vision fantomatique dans une nature ronde, chaude et sans cesse renouvelée. Je suis entrée dans la paix du Christ, véritable résurrection. Ici, tout semble simple, sans pourquoi. Je reste en silence la plupart du temps, face à mon être. Mon cœur, timidement, commence à me parler, à me dire qu’il m’aime pour ce que je suis. Je t’aime Seigneur. Je te regarde, toi, caché dans cet hostie et la lumière resplendit dans tout l’oratoire. Je me sens bien en ta présence. Tu sais, ce jeune prêtre m’émeut beaucoup. On le sens vibrer et il t’aime de tout son être. Je n’ai pu discuter avec lui. Je n’ose le déranger. Comme tu es beau mon jésus ! Je lève les yeux et je te rencontre, présence réelle, mystique, vivante et si belle. Faut-il que je me confesse Seigneur ? Pour aller au bout de ton amour pour moi ? Je sais que je ne suis pas encore allée au bout de moi, au bout de nous. C’est encore un peu flou tout ça. Je souris parce qu’en posant les mots, j’ai l’impression de prier par écrit. Je me sens comme Marie-Madeleine au tombeau. Purifie-moi de ma faute Seigneur ! Et pourtant, c’est à elle que tu es apparu en premier. Je vois l’image de ce désert, aridité ou purification de l’être… Sortir de la dualité pour réunir mon être. Mes écrits semblent décousus sans recherche harmonieuse… Simplement moi.

 

Si j’étais un écrin,

Je serais ta custode

Embaumant de parfum

La fin de ton exode.

 

Ecrire pour toi Seigneur

Je ne suis pas Sainte Thérèse

Mais toujours ta petite fleur

Un petit feu sous une braise.

 

Tu es mon amour des Cieux,

Qui reste à mes côtés

Une main au cœur et l’autre vers mon Dieu

Je chante mon amour crucifié.

 

Je lis ton histoire Sainte

Et j’ai l’impression de te connaitre depuis toujours

Je ressens ta douce étreinte

Qui me comble de ton amour.

 

Je vois la poussière sous tes pieds

Alors que tu chemines vers Jérusalem

Tes sandales marquent l’agapé

Sur le sol, un millier de diadème.

 

J’écris notre histoire à tous les deux

Sur un simple cahier d’écolier

Naviguant sur la courbe de nos vœux

Je m’habille de piété.

 

Et pourtant, je me sens démunie

A ne pas pouvoir t’embrasser

Car mon cœur est désuni

Refusant d’entrer en intériorité.

 

Tu me regardes dans cette hostie

Je te ressens t’interroger,

Mais moi je t’aime à l’infini

Dans une totale immensité.

 

Je vais poser le stylo

Pour venir te parler

Avec tous les défauts

Mais mon âme purifiée.

 

C’est étrange d’écrire devant le tabernacle, devant le Seigneur. Je sais qu’il me lit avant que j’ai écris mais sa présence devient visible dans l’adoration. Je t’aime Dieu et je te rends grâce pour ça. Amen

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Très tôt devant le tabernacle, j’adore.. Ou plutôt, je m’essaye à l’adoration, à la contemplation silencieuse. Je n’arrive pas à faire taire le bruit de mon esprit. « Taisez vous les pensées ! » C’est peine perdue alors je regarde mon Jésus qui se cache et se dérobe à ma vue. Et pourtant, il est là. Alors je me laisse faire. Il est la vigne et je suis son sarment alors qu’il m’émonde. Je me demande si je suis insensible aux énergies de paix. Je ne ressens rien ni en bien ni en mal d’ailleurs. Quel paradoxe ! Suis-je devenue blasée ou alors est-ce encore le fruit de mon égo que de vouloir encore plus que plus ! Je suis un peu contrariée. Je suis tellement gourmande et c’est comme si on m’avait mis au régime. Encore 2 jours pleins ¾ à vivre à Tamié. Ce monastère recèle de beaucoup de secrets alors laissons-le nous livrer et ceci en toute liberté ce qu’il a à nous livrer.

 

Je te regarde te dérober à mon regard,

Eh Jésus ! C’est moi la femme pudique ou impudique

Ne me laisse pas trop longtemps attendre dans la gare

Je crois bien que j’en deviendrais amnésique.

 

Pourquoi détourner ton doux visage ?

Pour me donner une leçon d’humilité ?

Il est vrai que je ne suis pas bien sage

Et que j’ai besoin de me laisser former.

 

Oh Jésus, tu me manques tellement

J’ai beau crier dans le désert

Asséchée par la soif de toi, je suis sarment

Pitié pour moi Seigneur de l’Univers.

 

Encore un caprice de petite fleur,

Que de vouloir une caresse

Je t’en demande pardon Seigneur

Fais-moi frémir d’allégresse.

 

Au lieu d’écrire des vers aussi ridicules, je ferai bien « d’adorer » dans le silence de mon cœur et de regarder Jésus. Comment vouloir qu’il me regarde ou me parle si je suis occupée ailleurs ? Je t’aime Dieu.

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C’est étrange.. Une certaine complicité s’est créée avec les retraitants. On se côtois sans vraiment se saisir ni se connaître… des sourires, des regards, des yeux qui pétillent. J’ai beaucoup de tendresse pour ce peuple en marche… le peuple de Jésus. Tous tellement différents et pourtant en ce lieu, il n’y a plus de classe sociale, ni de profession… juste fils et filles de Dieu… de belles âmes. L’amour du Christ, c’est cela… ne pas s’attacher aux hommes mais les aimer par delà les différences. Les moines sont dans une fraternité réelle. On sent que leurs 7 temps de prière leur donnent une solidité spirituelle. Ils sont dans une totale bienveillance mais une force émane de cette communauté. Merci Seigneur de m’avoir permis de vivre à leur rythme pendant quelques jours. Cela me rapproche de toi, fortifie ma foi et m’ancre en toi. Tu es comme une vague Seigneur… quelque fois déferlante, descendante ou montante. Au fonds, qu’importe.. Mon amour est bien au-delà de cela. JE T’AIME MON DIEU et je t’exalte par tous les pores de ma peau. Je suis si bien ici. Je suis en paix… Que de chemin parcouru encore une fois ! Toujours à mes côtés dans l’épreuve. Tu m’apprends, tu me formes et je t’aime.

Ps : je n’ai pas encore tout compris en ce qui concerne les corbeaux mais cela viendra en son temps, j’en suis persuadée. Amen

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Sans parler de bilan, je crois qu’au fonds, j’aurai appris la vertu du silence qui nous parle, nous habite. Pour la première fois, je m’entends vraiment. J’entends mon être. Je ne sais pas si on peut parler d’intériorité au sens spirituel… mais déjà humaine. Le spirituel m’effleure encore même si je ressens son amour pour moi. Hier soir, c’était étrange. Alors que je fermais les yeux, j’ai eu l’impression d’une lumière dans la pièce. J’ai rouvert les yeux mais tout était noir. Alors je les ai refermés. Je ressentais comme un souffle de lumière qui serait venu se poser sur ma tête. Expérience mystique ? Interprétation personnelle ? En tout cas, je me suis endormie en paix et sereine. Les peurs s’éloignent doucement. Je suis dans une bulle de bien être. Et pourtant, il est si tôt. Après la prière de 4 h et le petit déjeuner, me voici devant toi Seigneur, présence réelle et silencieuse. Oui, tu ne me parles pas vraiment mais encore faudrait-il que tu arrives à en placer une ! Je pourrais disserter pendant des heures. Promis Seigneur, je vais te laisser des espaces « temps ». Je t’aime tu sais ! Jusqu’au-delà des étoiles. Je pourrais presque t’entendre me dire… et moi jusqu’à l’infini.

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J’ai relu les quelques pages écrites jusqu’alors et j’ai souris de tendresse envers moi-même. Oui, la vie de foi n’est pas une vie linéaire. Elle est faite de creux, de vagues où l’on arrive même à surfer dans les moments de communion intense mais la dualité corps/esprit nous rejoint à chaque instant et c’est tant mieux parce que si nous étions toujours en haut de la vague, la vanité ne serait pas loin et l’orgueil aussi. Qui suis-je sinon fille de Dieu ? Une toute petite fleur qui vaillamment ouvre et referme ses pétales mais toujours avec persévérance. Je suis peut être comme une anémone de mer qui sait ? Je me promène dans les sous bois qui jouxte l’abbaye. Il y fait frais mais le soleil est trop chaud. J’aime bien les sous-bois. Je me sens protégée par les conifères. C’est drôle.. Nous sommes au printemps mais les feuilles mortes jonchent le sol. La nature me ramène à l’essentiel. ETRE tout simplement sans chercher à paraitre. J’ai lui un extrait d’un livre qui parlait de l’humeur des moines. Il est toujours de bonne humeur et s’il ne l’est pas ces frères l’encouragent à travailler sur ces blessures intérieures. En replaçant constamment le Christ en son centre, on garde le regard de Jésus, d’amour, d’écoute et de partage. Je n’en suis pas encore là mais il est vrai que je ne suis pas non plus moine. Je crois que c’est le travail de toute une vie et je sais que malheureusement les effets de Tamié s’estomperont au fil des jours et du retour à la vie normale. En tout cas, je suis comme une abeille qui se gorge du nectar des fleurs. Je sais que ces lieux existent et je rend grâce pour ça, pour ces énergies, pour ces hommes de prière, pour ces femmes de prières.. Ils contribuent tous grandement à l’équilibre du monde. Sans eux, ce serait un immense désastre.

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Dimanche matin s’annonce ensoleillé et les oiseaux chantent à la gloire de Dieu. Dans quelques heures, je quitterai ce lieu plein de paix et d’amour. Je suis régénérée de l’intérieur et un souffle nouveau habite mon âme. Dieu, dans toute sa bonté, m’a tout donné et l’intériorité m’a rapproché de lui et par lui, de moi-même. Je sais désormais que je dois travailler la patience et la douceur. Je suis heureuse à cet instant précis et le Seigneur est mon meilleur guide. Je comprends, que, pas à pas, l’espoir persiste au-delà des épreuves et la contemplation des choses de la vie m’apprend que la beauté est en toute chose, fruit de Dieu le Père. Le souffle de l’Esprit reste le meilleur guide et Jésus Christ est le chemin, la vérité et la vie.

Je terminerai par une prière :

Merci Seigneur pour ces moments bénis.

Que la paix que tu m’as donnée rejaillisse sur chaque personne que tu mettras sur ma route.

Fait que je sache m’émerveiller à chaque instant et trouver le positif dans chaque épreuve de la vie.

Merci Seigneur pour ces lieux de paix et de prière.

Je t’aime Dieu. Je sais que tu sais comme je t’aime.

Amen.